Urashima Tarō, l’amertume de la mémoire

 

Urashima Taro et la tortue

Urashima Tarō est certainement l’un des plus anciens contes japonais, mais aussi l’un des plus célèbres. Il rappelle à nos esprits occidentaux une lointaine parenté avec Pandore, femme de Prométhée, bien que l’interprétation du conte s’éloigne grandement du mythe de la boîte de Pandore.

L’histoire de Urashima Tarō est celle d’un pêcheur qui sauva une tortue maltraitée par trois enfants. L’échangeant contre le fruit de son travail, il put remettre la tortue à la mer et revint chez lui. Le lendemain, une immense tortue vint lui rendre visite et lui annonça, à sa grande surprise, qu’il avait sauvé la fille du Dieu de l’Océan (dit Ryūjin). La tortue l’emmena alors au palais sous-marin Ryūgū-jō et Urashima Tarō vécut un temps considérable auprès de la princesse.

Illustration by Edmund Dulac for the story "Urashima Taro"

Malgré le magnifique palais et la compagnie agréable de la princesse, Urashima Tarō commença à souffrir du mal du pays et de l’absence de ses parents. La princesse l’autorisa alors à revenir et lui offrit un cadeau d’adieu, une mystérieuse boîte appelée Tamatebako. Celle-ci lui fit jurer de ne jamais ouvrir cette boîte dès lors qu’il arriverait chez lui.

A son retour, Urashima Tarō ne reconnut plus personne de son village ni le paysage de la côte sur laquelle il vivait. Il apprit alors que plusieurs centaines d’années s’étaient écoulées depuis son départ: ses parents étaient morts et on le croyait disparu en mer. Le temps s’était écoulé bien plus vite dans le monde des hommes lorsqu’il vivait au  palais Ryūgū-jō.   

Pris de tristesse et de désarroi, Urashima Tarō ouvrit la boîte offerte par la princesse et libéra un nuage de fumée. Puis son visage se couvrit de barbe et de rides tandis que ses cheveux blanchissaient. C’est alors qu’il comprit que la boîte contenait le temps passé auprès de la princesse.

Statue de Urashima Taro

Ce conte est aujourd’hui l’un des plus célèbres du Japon et est narré à tous les enfants nippons. Il se distingue des contes de fées occidentaux par son absence de punition divine: Urashima n’est pas une Pandore, et sa curiosité n’est pas à blâmer. Bien que le vieillissement de Urashima nous semble amer, il est en réalité salvateur, car il reflète le temps passé à la fois comme inéluctable, mais aussi comme bénéfique, apportant la sérénité de la mort.

Le temps a en effet passé sur Urashima, mais ce conte magnifique est encore narré aux enfants japonais et le sanctuaire Urashima-Jinja situé au nord de Kyoto célèbre cette histoire, comme le montre l’image ci-dessus.

Crédits photo:

Kuniyoshi Utagawa, Station 38, 1852

Edmond Dulac

Urashima-Jinja

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