Japonisme : l’influence de l’ukiyo-e sur l’art européen

Si l’ouverture du Japon lors de l’ère Meiji a entraîné l’intérêt de la population locale pour les produits occidentaux, les occidentaux, eux, se sont intéressés à la culture japonaise. C’est l’art, notamment les ukiyo-e, qui a commencé à véhiculer et entraîner le japonisme.  Découvrez l’influence des estampes japonaises sur les artistes européens.

Hokusai au Musée Guimet

Contexte

Le Japon a été fermé durant plusieurs siècles avant de s’ouvrir aux étrangers et surtout aux occidentaux à partir de 1868. Peu avant cette période, les estampes japonaises avaient une place majeure et étaient valorisées par la classe bourgeoise locale. Un franc succès depuis son apparition deux siècles plus tôt – marqué par un style propre au Japon compte tenu de sa fermeture antérieure – a permis à ce type d’artisanat de se développer. Cependant, à partir de cette ouverture du pays, on observe un déclin de l’intérêt de la population japonaise vis-à-vis des estampes, en faveur de nouveaux produits occidentaux mis à leur disposition. D’un autre côté, les étrangers se prirent de passion pour la culture japonaise et commencèrent à collectionner des ukiyo-e, évoquant non seulement l’artisanat local, mais aussi l’ensemble du Japon à travers leurs représentations. Au Japon, cet intérêt entraîna la renaissance de l’ukiyo-e à travers une nouvelle génération d’artistes.

53 stations du Tokaido : 1, Hakone – Hiroshige

Entrée de l’ukiyo-e et du japonisme en Europe

Ainsi, ce sont les touristes et les collectionneurs européens qui ont introduit les ukiyo-e en Europe, dont la première exposition eut lieu à Paris. Elle séduisit de nombreux artistes qui ont décidé tout d’abord de reproduire les images issues de l’art japonais sur des produits locaux, tels que la vaisselle en porcelaine. Le premier à avoir inauguré cette manière de faire est Félix Bracquemond, peintre, mais aussi graveur, qui avait copié et apposé en 1856 des dessins d’Hokusai sur ses objets d’art. Le style fût apprécié des autres collectionneurs qui se déplacèrent nombreux au Japon pour acquérir des œuvres authentiques de 1870 jusqu’à la fin des années 1880. Les expositions se multiplièrent en Europe et entraînèrent l’intérêt des organisateurs de l’Exposition Universelle de Paris en 1878, qui permit de présenter des œuvres japonaises acquises par le grand collectionneur et marchand d’art français Samuel Bing ainsi qu’Emile Guimet, qui dispose actuellement de son Musée National des Arts Asiatiques. L’Exposition Universelle de Paris renouvela l’expérience en 1889 et en 1900, instaurant définitivement la mode de la culture japonaise en Europe. A partir de 1892, le Musée du Louvre attribue au japonisme, une place importante dans ses collections.

Vase Mont Fuji – François-Eugène Rousseau

Les artistes européens influencés par les artistes japonais

Trois grands créateurs d’estampes ont permis à une partie de la culture japonaise de se développer en Europe. C’est après sa mort que Hokusai – considéré désormais comme le plus grand maître de l’estampe japonaise – à travers ses œuvres, a influencé Gauguin, Van Gogh et Claude Monet. Sur son lit de mort, en 1849, il avait prédit « Encore cinq ans de plus et je serais devenu un grand artiste », ce qui se réalisa. Hiroshige, malgré un style qui n’est pas comparable à celui d’Hokusai a également fortement influencé les artistes européens, surtout les peintres impressionnistes. Son style se retrouve dans l’Art Nouveau, apparu à la fin du XIXè siècle. Utamaro est le troisième créateur d’estampes japonaises à avoir grandement influencé les occidentaux, non seulement dans la peintre, mais aussi dans la photographie. D’Utamaro, on apprécia surtout le cadrage représentant des sujets coupés. L’artiste qui a spécifiquement évoqué l’influence d’Utamaro  dans son art a été le peintre autrichien Gustave Klimt. Dans la liste des artistes influencés, passionnés ou tout simplement intéressés par le japonisme, on peut ajouter Manet, Renoir, Auburtin et Degas, ainsi que les membres du mouvement Nabi, dirigé par Gauguin.

De Hiroshige à Van Gogh

On peut en conclure que le japonisme a été le mouvement qui a sauvé les ukiyo-e du désintérêt de la population japonaise. Le fait de s’exporter en Europe a permis à certains créateurs d’estampes japonais d’obtenir une meilleure reconnaissance et à d’autres de se faire une place dans le monde international de l’art. Depuis, la population japonaise a commencé à considérer le japonisme et tente, d’une manière générale, de renouer avec certaines parties délaissées de ses richesses culturelles. 

Photo :

Hokusai au musée GuimetBy dalbera

Vase Mont Fuji (musée des arts décoratifs)By dalbera

Hiroshige [Public domain], via Wikimedia Commons

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